qu’est ce qui vous a le plus marqué dans cette affaire ?
Interrogée sur ce qui l’a le plus frappée dans ce dossier, Maître Zavarro évoque sans détour « la stupidité de certains ». À la question de savoir si elle parle du comportement, elle précise : « Oui, par rapport au comportement et au système de défense qu’ils ont adoptés contre monsieur Pélicot et madame Pélicot. »
Elle dénonce ainsi des attitudes et des stratégies qu’elle juge inappropriées, voire contre-productives, au sein même des équipes censées défendre le couple. Selon elle, certaines prises de position ont instauré une forme d’opposition interne, compliquant la lecture du dossier. Une approche qui, au lieu de servir la compréhension des faits, aurait contribué à brouiller les enjeux et rendu le travail collectif particulièrement difficile.
Interrogée sur une déclaration qu’elle avait faite au Dauphiné Libéré
« Ce n’est pas parce qu’un homme a fait quelque chose de monstrueux qu’il est un monstre » Maître Zavarro précise sa pensée. À la question « qu’est-ce qu’un monstre pour vous, dans ce cas ? », elle répond simplement : « Il n’y en a pas, ça n’existe pas. » Pour l’avocate, Dominique Pélicot n’est pas une figure monstrueuse, mais « un monsieur tout-le-monde ».
En refusant la catégorie du « monstre », Maître Zavarro cherche à éviter la déshumanisation de l’accusé, convaincue qu’on ne peut juger équitablement un être que l’on a déjà expulsé de l’humanité.
Interrogée sur une autre déclaration faite cette fois sur BFMTV
« C’est un homme qui n’a jamais cessé d’avoir un sentiment amoureux à l’égard de son épouse » Maître Zavarro s’explique. Nous lui demandons si évoquer l’amour dans ce couple ne risque pas d’effacer ou de minimiser ce que Gisèle Pélicot affirme avoir vécu. L’avocate réfute cette interprétation : « Ça ne minimise pas, ça contredit. Ça contrevient à ce qui s’est passé, aux faits tels qu’elle les a relatés. » Elle insiste sur le fait qu’elle ne cherche pas à opposer un récit à un autre, mais à rappeler que le ressenti de M. Pélicot relève de son intimité : « Je dis surtout que cela appartenait à son intime, et on ne pouvait pas lui enlever cet intime-là. Voilà : l’un n’est pas compatible avec l’autre. »
Pour Maître Zavarro, il est donc possible et nécessaire de distinguer les faits jugés par la justice des émotions personnelles exprimées par l’accusé, même lorsqu’elles sont en contradiction avec la parole de la victime.
pensez-vous que la justice dans les affaires très médiatisées reste suffisamment impartiale ?
À la question de savoir si la justice reste suffisamment impartiale dans les affaires très médiatisées, Maître Zavarro se montre catégorique.
« En tout cas, dans le dossier de Monsieur Pélicot, elle est restée impartiale. Elle a su rester impartiale », affirme-t-elle. Elle insiste sur l’importance de préserver cette neutralité malgré l’attention médiatique : « Il faut qu’elle reste impartiale, que la médiatisation n’interfère pas dans la justice ni dans le prononcé de la justice. » Pour l’avocate, la pression publique ne doit jamais altérer la sérénité du jugement, un principe qu’elle juge essentiel pour garantir un procès équitable, quel que soit l’écho médiatique de l’affaire.
Quelles ont été les principales difficultés auxquelles vous avez fait face dans cette affaire ?
Maître Zavarro évoque avant tout les tensions internes entre avocats.
« La difficulté ? La communication avec mes confrères qui étaient en défense. Nous étions du même côté… et en même temps pas du même côté ». Elle décrit une situation paradoxale où les avocats, pourtant censés défendre ensemble le couple Pélicot, se retrouvaient « en opposition totale » dans leurs approches. « C’est assez curieux» reconnaît-elle,
« mais c’est aussi le mérite de ce dossier qui chamboule. » Selon elle, la complexité des faits ont parfois rendu la collaboration délicate, voire conflictuelle.
Et pour finir, qu’est ce qui vous a conduit à devenir avocate ?
Maître Zavarro remonte à un souvenir fondateur : un stage effectué en milieu carcéral. « Quand je suis arrivée dans cette prison, j’ai vu des hommes, et je me suis dit que ma place est plus à les soutenir, à les défendre, qu’à les juger », confie-t-elle. Une révélation qui éclaire sa conception profondément humaniste du métier, et qui semble guider encore aujourd’hui sa manière d’aborder les dossiers les plus difficiles.
Interview faite par MARIA HADI

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