Dans quelques secondes, 167 balles vont déchirer la carrosserie, le cuir et les corps. En ce mois de février, alors que les vitrines se parent de rouge pour la Saint-Valentin, l’histoire nous rappelle qu’il existe des amours que la Loi ne sait gérer, sinon par le plomb.
Tout commence dans les décombres de la Grande Dépression. Tandis que les législateurs à Washington tentent de penser les plaies d’une Amérique à genoux, Bonnie et Clyde choisissent une autre voie. Pour eux, le contrat social est rompu. Ils deviennent alors le cauchemar du Congrès, une force ingouvernable.
On ne discute pas avec la passion, on ne vote pas sur un coup de foudre qui braque des banques. Ils ne sont pas des militants, ils sont l’incarnation d’un désespoir que les codes de lois n’avaient pas prévu.
Leur vie est une poésie de l’urgence. On les imagine s’écrire des vers entre deux braquages, s’aimant dans des voitures volées sous la lune du Texas. Mais pour l’État, cette romance est un affront. La traque devient une obsession institutionnelle.
La question n’est plus de savoir s’ils ont enfreint le droit, mais comment la Loi peut reprendre le dessus sur le Mythe. Car le danger n’est pas seulement leurs revolvers, c’est la fascination qu’ils exercent sur un peuple qui, lui aussi, a faim de liberté.
Vient alors la 167ème balle. C’est celle qui clôt le dossier, celle qui s’assure que le procès n’aura jamais lieu. En choisissant l’embuscade sauvage plutôt que le prétoire, l’État a avoué sa propre peur. La peur de ne pas savoir juger une passion aussi absolue. Ils voulaient mourir ensemble, la police a exaucé ce voeu avec une violence chirurgicale.
Si la Saint-Valentin célèbre l’union des coeurs, celle de Bonnie et Clyde nous raconte une vérité plus sombre. L’amour radical est une insurrection que l’ordre finit souvent par écraser.
Article écrit par Elen Aslanyan

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