Abagnale ne vole pas, il joue des rôles. Pilote de ligne Pan Am ? Aucun problème : un uniforme, un badge, et le tour est joué. Médecin dans un hôpital de Géorgie ? Il apprend sur le tas, sans tuer personne (détail important). Avocat en Louisiane ? Il réussit l’examen du barreau après quelques semaines de révision. Pendant ce temps, les banques encaissent des millions de dollars de faux chèques, soigneusement rédigés par un jeune homme qui n’a même pas l’âge légal de commander un whisky.
Le FBI le poursuit, mais Frank a toujours une longueur d’avance. Il traverse 26 pays, change d’identité comme de chemise et laisse derrière lui une traînée de policiers perplexes. Jusqu’au jour où la chance tourne. Arrêté en France en 1969, La chute est brutale. La prison n’a rien du glamour qu’on associe parfois à sa cavale. Il y connaît la maladie, l’isolement et la perte totale de contrôle. Il purge des peines en France et en Suède avant d’être extradé vers les États-Unis.
Aux États-Unis, les autorités réalisent quelque chose d’évident...personne ne connaît mieux les failles du système qu’un homme qui les a toutes exploitées. Plutôt que de l’enfermer définitivement, elles lui proposent un marché. Frank Abagnale Jr. devient consultant pour le FBI. L’ancien faussaire se met alors à expliquer aux banques comment ne plus se faire arnaquer… par quelqu’un comme lui.
Son autobiographie, Catch Me If You Can, publiée en 1980, contribue à façonner le mythe. Le film de Steven Spielberg, sorti en 2002, le transforme en icône populaire. Avec le temps, Frank Abagnale Jr. devient un expert respecté. Il fonde Abagnale & Associates, conseille des institutions financières, intervient auprès de gouvernements. Sa parole, autrefois suspecte, devient recherchée.
Aujourd’hui, l’histoire de Frank Abagnale Jr. continue de fasciner parce qu’elle échappe aux catégories simples. Derrière les faux noms, les uniformes et les chèques falsifiés, il y avait surtout un adolescent en fuite, cherchant une place dans un monde qu’il comprenait trop bien, trop tôt. Son histoire rappelle enfin qu’un parcours peut dévier, parfois spectaculairement, mais aussi se redresser. Et que l’intelligence, mal employée, peut détruire mais si il est bien guidée, il peut réparer.

Aucun commentaire publié pour le moment.