1. Introduction
L’Afghanistan, situé entre les empires perses, indiens et turcs, a longtemps servi de voie de passage pour les caravanes de la Route de la Soie. Cette position stratégique, couplée à la diversité ethnique – Pachtoune, Tadjik, Hazara, Ouzbek, Turkmène, et autres – et à la richesse de ses ressources naturelles, a attiré l’attention des grandes puissances. Pourtant, malgré des périodes de prospérité intellectuelle et artistique (notamment sous les dynasties Ghaznévides et Timourides), l’Afghanistan pâtit depuis plus d’un siècle d’une instabilité chronique.
2. Géographie et premières civilisations
Au carrefour de l’Asie du Sud et de l’Asie centrale, l’Afghanistan couvre près de 652 000 km², dominé par les montagnes de l’Hindou-Kouch (plus de 7 000 m d’altitude) au nord-est, des plateaux semi-arides et des déserts au sud et à l’ouest. L’environnement a façonné des communautés restées souvent isolées, contribuant à la fragmentation politique et ethnique. Les fouilles archéologiques révèlent dès le IIe millénaire av. J.-C.
la présence de cultures proto-iraniennes, à travers les vestiges de cités-États de Baktra (Bactres) et d’Aï-Khanoum, qui témoignent d’échanges avec la civilisation védique.
Plus tard, la région connaît la conquête kouchane, qui favorise la diffusion du bouddhisme . Les empires Sassanides, les invasions hunniques puis turques succèdent avant la conversion massive à l’islam aux VIIe–VIIIe siècles.
3. La religion : son influence sur la société afghane
L’islam, introduit par les conquêtes arabes dès le VIIe siècle, devint progressivement religion d’État sous les dynasties Ghaznévide (XIe siècle) et Ghoride (XIIe – XIIIe siècles). Majoritairement sunnite de rite hanafite, l’Afghanistan abrite également une minorité chiite (Hazara) persécutée à diverses reprises. La charia, interprétée par des oulémas locaux, régit les aspects civil, pénal et familial.
Cependant, l’absence d’un pouvoir central fort a laissé le pays fragmenté en principautés ou en zones tribales, chacune appliquant la loi islamique avec ses particularismes. À l’époque contemporaine, les courants salafistes et wahhabites, importés du Golfe, se heurtent aux pratiques soufies traditionnelles, produisant une polarisation religieuse souvent instrumentalisée par des acteurs politiques et militaires.
4- Les talibans :
Les talibans apparaissent au début des années 1990, en plein chaos afghan après le retrait soviétique. Issus majoritairement de jeunes réfugiés pachtouns formés dans des médersas (écoles coraniques) au Pakistan, ils sont imprégnés d’un islam rigoriste mêlant déobandisme et wahhabisme. Soutenus militairement par le Pakistan (ISI) et financièrement par l’Arabie saoudite, ils se présentent comme une force morale opposée aux seigneurs de guerre corrompus, promettant ordre et justice selon la charia.
En 1994, ils lancent leur première offensive depuis Kandahar. En deux ans, ils conquièrent l’essentiel du pays et entrent à Kaboul en 1996, où ils fondent l’Émirat islamique d’Afghanistan, dirigé par le mollah Omar. Le régime impose une interprétation ultra-stricte de l’islam et accueille Al-Qaïda, ce qui conduit à l’intervention américaine après les attentats du 11 septembre 2001.
Chassés du pouvoir, les talibans mènent une insurrection durant vingt ans. Profitant du retrait américain, ils reprennent le pays en août 2021, redevenant les maîtres de l’Afghanistan, tout en affichant une continuité idéologique avec leur premier régime.
5. Les femmes afghanes : droits, éducation et restrictions
Durant la monarchie (1933–1973) et la République (1973–1978), des réformes progressistes encouragent la scolarisation des filles, la participation des femmes à la vie politique et professionnelle. Sous le règne du roi Mohammad Zaher Shah, l’Université de Kaboul accueille des étudiantes, et des figures comme Kubra Noorzai ou Anahita Ratebzad investissent l’espace public.
À partir de 1996, le régime impose le port intégral de la burqa, interdit aux femmes de quitter leur domicile sans un mahram, bannit l’éducation féminine et proscrit toute activité professionnelle hors de la santé, et encore, sous conditions draconiennes. Les violences domestiques et les violences d’État contre les femmes se multiplient, sans recours judiciaire.
Éducation des filles : interdictions totales et alternatives clandestines
Les talibans ont imposé la fermeture de fait de toutes les écoles secondaires et de l’enseignement supérieur pour les filles et les femmes. Trois ans après la prise de pouvoir, l’Afghanistan « se distingue comme le seul pays au monde interdisant formellement l’éducation secondaire et supérieure aux filles et aux femmes », souligne l’UNESCO.
En chiffres, cela signifie qu’au moins 1,4 million de filles en âge d’étudier ont été délibérément privées d’école depuis 2021. Si l’on prend en compte les filles déjà déscolarisées avant cette date, ce sont environ 2,5 millions de jeunes (80 % des filles en âge scolaire) qui ne sont plus scolarisées. Déjà très faible sous les gouvernements précédents, le taux de scolarisation des filles a chuté à des niveaux critiques. Par exemple, le nombre d’étudiantes universitaires a diminué de moitié depuis 2021, et des centaines d’écoles ont fermé. L’ONU qualifie cette situation d’« apartheid sexuel », décrivant l’Afghanistan comme « un cimetière d’espoirs » pour les étudiantes interdites de retour en classe.
Plusieurs ONG (Éducation sans Frontières, CARE) mettent en place des classes clandestines et forment des enseignantes locales. L’enseignement à distance par radio ou plateforme en ligne connaît un succès limité, en raison du faible taux d’alphabétisation numérique (environ 15% chez les femmes).
La fermeture des écoles aggrave parallèlement les vulnérabilités familiales. Privées d’éducation, de nombreuses filles sont poussées au mariage précoce ou forcé.
Des témoignages recueillis depuis 2021 montrent que, dès que les écoles ont fermé, des familles marient leurs filles pour alléger le fardeau économique. Une étudiante raconte ainsi que son père l’a mariée de force dès l’interdiction scolaire en invoquant la pauvreté – alors que son rêve «d’être médecin » s’effondrait . Cette spirale est confirmée par les experts : l’UNICEF rappelait dès 2021 que 28 % des Afghanes (15‑49 ans) avaient été mariées avant 18 ans , et que la crise économique croissante faisait exploser ces mariages d’enfants. L’ONU Femmes avertit qu’en maintenant l’interdiction scolaire, le taux de mariages précoces pourrait augmenter de 25 % d’ici 2026, entraînant une hausse de 45 % des grossesses précoces et de 50 % de la mortalité maternelle.
Dans la pratique, les filles n’ont aucun contrôle sur leur corps ni sur leur destin matrimonial. Les mariages sous contrainte – parfois arrangés contre une dot – se multiplient. Les droits reproductifs sont par ailleurs inexistants : il n’existe ni infrastructures adaptées ni choix pour les femmes enceintes (les hôpitaux manquent de personnel féminin) et les grossesses non désirées en cas de viol ne donnent lieu à aucun soutien. L’ensemble de ces pratiques criminalise de fait la condition féminine et confisque aux femmes leur droit fondamental de disposer de leur propre corps.
6- Violences sexuelles et absence de justice
Les violences faites aux femmes ont également pris des formes particulièrement brutales, sans que la justice talibane ne les sanctionne. Des enquêtes publiées par des médias et ONG afghanes de l’exil rapportent de nombreux cas d’agression sexuelle commis par des talibans sur des détenues.
Par exemple, Afghanistan International a documenté au moins dix victimes qui disent avoir subi des agressions en détention : huit d’entre elles déclarent avoir été violées par des gardiens talibans, et les autres torturées sexuellement (photographiées nues, etc.) .
L’objectif est clairement d’intimider toute femme engagée en société. Les survivantes se retrouvent livrées à la stigmatisation sociale (leur « honneur » familial est remis en cause) et à l’absence totale de réparation. Le régime taliban n’a ni structure judiciaire indépendante ni services d’aide aux victimes (les rares lois anti crime sexuel de l’ancienne République n’étant plus appliquées). Les auteurs – souvent des cadres ou des proches des autorités – jouissent en pratique d’une totale impunité. Comme le souligne un ancien chef du renseignement afghan, les talibans « n’adhèrent à aucune loi ou principe », et des dizaines de viols restent inconnus faute de témoins .
Cette situation crée un climat de peur extrême chez les femmes : beaucoup de victimes préfèrent garder le silence, craignant les représailles ou le rejet de leur communauté.
7- Discours officiel taliban vs réalité du terrain
Les déclarations officielles talibanes sur le « respect » de la femme contrastent avec la dureté des mesures appliquées.
Ainsi, la « loi sur la vertu et la prévention du vice » promulguée en août 2024 impose un code vestimentaire très strict et interdit même aux médias d’émettre des voix féminines .
Officiellement, cette loi vise à « promouvoir la moralité », mais en pratique elle étend encore la ségrégation. Dans les faits, le régime taliban n’a autorisé aucun progrès concret sur les droits des femmes : aucun dialogue avec les organisations féminines n’est engagé et les institutions consacrées aux droits des femmes ont été supprimées .
Les street-artistes féministes voient leurs œuvres effacées, les journalistes femmes sont harcelées ou arrêtées, et toute manifestation d’indignation est immédiatement réprimée, même si les talibans l’avaient d’abord déclarée « illégale ». Au fil des mois, le discours officiel – fait de slogans sur l’« islam modéré » – se heurte à la réalité quotidienne des Afghanes, qui restent exclues de la plupart des espaces publics et privés.
CONCLUSION
Restrictions imposées aux femmes en Afghanistan en 2025 :
Interdiction d'éducation secondaire et supérieure :Les filles ne peuvent plus accéder à l'école à partir de 12 ans. Les universités leur sont interdites, même pour les filières médicales.
Exclusion du monde du travail :
Les femmes n'ont plus le droit de travailler dans les ONG, les bureaux publics ou la majorité des entreprises privées, sauf exception stricte (notamment dans le secteur de la santé, sous conditions).
Interdiction de voyager seules :
Une femme ne peut pas voyager, même pour de courtes distances, sans la présence d’un tuteur masculin (mahram).
Voile obligatoire :
Port de la burqa ou d’un voile intégral imposé dès la sortie du domicile. Toute apparence jugée "immodeste" est punissable.
Exclusion des espaces publics :
Interdiction d’entrer dans les parcs, jardins, salles de sport, hammams et salons de beauté. Les femmes n’ont plus d’accès à la vie sociale.
Suppression de la visibilité féminine :
Les femmes ne peuvent plus apparaître à la télévision, ni chanter, ni même parler en public dans certains cas. Des murs sont érigés pour obstruer les fenêtres visibles depuis la rue.
Mariages forcés et impunité des violences :
Les mariages forcés, parfois de mineures, sont en hausse. Aucune protection juridique n’est assurée contre les violences domestiques ou sexuelles, et les plaintes ne sont pas recevables.
Contrôle moral renforcé :
Des patrouilles religieuses surveillent les comportements des femmes dans les rues, les habitations et les établissements, sanctionnant toute infraction aux « normes islamiques ».
Censure de l'éducation féminine à distance :
Les plateformes en ligne ou radios éducatives pour les filles sont limitées, surveillées ou fermées.
Article écrit par MARIA HADI.

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