Le Poète de la perse
Djalal ad-Din Rumî, également connu sous le nom de Mowlawi ou Mevlana « notre maître », est l'un des plus grands poètes mystiques de la langue persane et un génie de la littérature spirituelle universelle. Né au XIIIe siècle, son influence traverse les époques et les frontières, faisant de lui l'un des auteurs les plus lus et les plus vendus de nos jours, notamment en Turquie et l’Asie du Sud.
Un destin de voyageur : de Balkh à Konya
Rumî est né le 30 septembre 1207 à Balkh, dans l'actuel Afghanistan. Issu d'une famille d'érudits persanophones, il est le fils de Baha'oddin Walad, un théologien et juriste renommé qui l'initie très tôt aux sciences religieuses et aux prémices du soufisme. Vers 1215, fuyant les invasions mongoles, sa famille entame une longue errance à travers l'Iran, l'Irak et l'Arabie avant de s'installer définitivement à Konya, en Anatolie (Turquie actuelle). Son nom, « Rumi », vient d'ailleurs de cette région qui était autrefois sous influence byzantine (romaine), les habitants y étant appelés « rumi ». À la mort de son père, il reprend ses fonctions de cheikh et s'établit comme un théologien et juriste sunnite respecté.
La rencontre avec Shams de Tabriz : le tournant mystique
La vie de Rumi bascule en 1244 lorsqu'il rencontre à Konya un derviche errant nommé Shams de Tabriz. Cette rencontre est décrite comme un véritable « séisme spirituel ». Shams devient le miroir dans lequel Rumi découvre son propre trésor intérieur, le transformant radicalement : le juriste austère devient un poète mystique épris d'amour divin. Leur relation quasi fusionnelle suscite la jalousie des disciples de Rumi. Après une première disparition et un retour, Shams disparaît définitivement en 1248. Brisé par le chagrin, Rumi finit par comprendre que l'essence de son ami vit en lui : « Pourquoi devrais-je chercher ? Je suis le même que lui. Son essence parle à travers moi ». C'est de cette absence et de cette union mystique que jaillit l'essentiel de son œuvre poétique.
Le Sama : la danse de l'éveil
Rûmî est à l'origine du Sama, la célèbre danse giratoire des derviches tourneurs. On raconte que cette pratique est née de ses mouvements spontanés alors qu'il pleurait la perte de Shams. Cette danse est une méditation en mouvement : en tournant, le derviche déploie la paume de la main droite vers le ciel pour recevoir la grâce divine et la main gauche vers la terre pour la répandre sur l'humanité. Le Samâ' symbolise la ronde des planètes autour du soleil et la quête de l'extase mystique. Ce rituel a été institutionnalisé par ses disciples dans l'ordre Mevlevi et est aujourd'hui inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO.
Un héritage vivant
Rûmî s'est éteint le 17 décembre 1273 à Konya en Turquie. Conformément à son vœu, ce jour est célébré comme ses
«noces spirituelles », l'instant où son âme s'est enfin libérée pour rejoindre le Bien-Aimé. Son tombeau à Konya, aujourd'hui transformé en musée, reste un lieu de pèlerinage pour des millions d'admirateurs du monde entier. Son message de tolérance, de paix et d'amour universel continue d'éclairer les chercheurs de vérité, prouvant que sa parole est plus actuelle que jamais.
Écrit par Maria Hadi

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